Quand la question de l’avortement nous replonge au 16ème siècle…

Je ne sais pas trop où on va, ces derniers temps. L’impression de reculer, de revenir à des siècles passés. Ceux où les préceptes religieux étaient plus importants que les valeurs humaines.

On entend pas mal parler d’avortement, ces derniers temps, en politique. Enfin, d’anti-avortement plus précisément. Entre Trump aux Etats Unis et Fillon en France, on est pas mal. Qu’ils aient ce genre d’opinion, soit… Des vieux de 60-70 ans avec des idées d’arriérés : normal, ils sont restés coincés dans leur siècle, élevés dans l’ère des culs bénis. Ils n’ont juste pas évolué.

Mais qu’il y ait autant de monde derrière eux, des parents actuels, de mon âge : MERDE ! Qu’est ce qu’on a foiré ?

Qu’est-ce qui pousse ces gens à se mêler des grossesses des autres ? S’ils veulent 12 marmots et que ca les rend heurex, parfait, qu’ils repeuplent la planète, mais qu’ils n’emmerdent pas les autres avec ca !

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Ils vivent en quelle année, sérieusement ?!

Oui, un accident ca arrive. Je suis bien placée pour le savoir. Même si l’accident est devenu une merveilleuse surprise, au final, l’option avortement s’est présentée à moi, et je n’ai aucune honte de l’avoir envisagé.

Tu peux avoir une belle vie bien rangée, avec un compagnon depuis 10 ans, une petite fille de 15 mois, un travail, bref sur le papier, tout semble niquel… et ne pas être prête. Flipper ta mère d’avoir un nouvel enfant.

C’est une chance d’avoir pu songer à cette possibilité, sans me demander si je devrais vide mon livret A pour aller dans un autre pays, si je devrais me cacher comme une terroriste, si les aiguilles à tricoter étaient efficaces, si ma vie serait en jeux, si la prison était confortable.

Oui, nous avons la chance d’avoir le choix. De choisir quand devenir parent. De choisir d’être prêt. De choisir de pouvoir donner le meilleur à un enfant.

Qui sont ces gens, qui veulent t’imposer d’être mère / père ? Qui veulent t’ôter un choix si durement acquis ? Sont ils des bienfaiteurs de l’humanité ? Des personnes parfaites sans aucune faille ?

…des personnes sans aucune considération pour autrui ?

  • Ont-ils pensé à la fille violée qui aura toujours en tête la conception de son enfant en le regardant ?
  • Ont-ils pensé à la jeune lycéenne qui a zappé de se protéger avec son copain, et qui verra ses rêves d’avenir tomber à l’eau ?
  • Ont-ils pensé à la jeune femme qui n’est simplement pas prête à devenir Maman (que ce soit maintenant ou jamais) et qui voudrait profiter de la vie en solo, faire une grande carrière ?
  • Ont-ils pensé à ces pères qui n’en voulaient pas le nom et qui ne seront jamais présents pour leur enfant ?
  • Ont-ils pensé à cette femme qui porte une maladie grave, et qui devra dire adieu à son tout petit trop tôt ?
  • Ont-ils pensé à cette déjà mère, qui élève plusieurs enfants, épuisée, moralement comme physiquement, et qui rêvent d’être une mère retraitée ?
  • Ont-ils pensé à ce couple fauché, sans emploi, pour qui un petit être humain représenterait une lourde charge financière ?
  • Ont-ils pensé à cette femme alcoolique, qui ne sait plus très bien ce qu’elle fait et qui serait incapable d’élever un enfant ?
  • Ont-ils pensé à cet homme violent, qui a engrossé sa gonzesse qu’il frappe depuis des lustres ?
  • Ont-ils pensé à ces jeunes parents pour qui le handicap de leur enfant est trop dur à supporter ?

Et à ces fameux enfants « tués » avant même d’avoir vu le jour… ont-ils vraiment pensé à eux, sérieusement ?

  • Ont-ils pensé l’enfant né d’un viol, qui portera ce fardeau toute sa vie ?
  • Ont-ils pensé à l’enfant né alors que sa mère avait 16 ans, qui grandira en sachant que sa mère n’a pas eu la vie qu’elle rêvait par sa venue au monde ?
  • Ont-ils pensé à l’enfant né d’une mère absente, travaillant trop, sortant trop, parce qu’elle n’assume pas cette maternité ?
  • Ont-ils pensé à l’enfant qui ne connaitra jamais son père, parce qu’il ne le désirait pas ?
  • Ont-ils pensé à l’enfant qui pleurera sa mère décédée d’une maladie grave, tout sa jeunesse ?
  • Ont-ils pensé à l’enfant de trop, celui qui verra sa mère sombrée dans la dépression, de n’avoir été qu’une mère au lieu d’une femme ?
  • Ont-ils pensé à l’enfant dans le besoin, qui ne réclamera jamais rien à ses parents, parce que les Restaus du Cœur sont un quotidien tristement normal ?
  • Ont-ils pensé à l’enfant né drogué, qui nécessitera des soins dès ses premières heures de vie et les années suivantes ?
  • Ont-ils pensé à cet enfant qui verra sa mère se faire frapper, jour après jour, et dont le tour viendra probablement trop tôt ?
  • Ont-ils pensé à l’enfant handicapé, qui regardera jouer les autres quand lui ne sera qu’une ombre aux yeux de ses parents dévastés de culpabilité ?

Il y a tant d’histoires, tant de situations… Qui sommes nous ? Qui êtes vous ? On ne peut juger autrui pour un choix si personnel, si particulier. On ne parle pas d’adopter un chat (bien que cela demande réflexion aussi, je ne dis pas le contraire), mais de transformer son existence toute entière en donnant la vie à un être humain. Etre capable de l’aimer, l’éduquer, lui apporter ce dont il a besoin, que ce soit matériellement comme sentimentalement, lui fournir les clés pour grandir en toute sérénité… Quelle responsabilité !

Et quel choix… J’applaudis les femmes qui ont dû vivre cette épreuve. Qui ont pu l’assumer, avec force et courage. Qui l’ont traversé avec plus ou moins de cicatrices.

Ces anti IVG pensent-ils qu’on avorte comme on va chez le dentiste ?

« C’est bon on m’a retiré ma carrie / mon embryon, je me sens mieux, aaaaaaahhh ! Et si j’allais chez le coiffeur maintenant ? »

Je n’ai pas vécu cela, et je ne prétendrais pas savoir ce que ca fait. Je ne peux que l’imaginer. Pour l’avoir imaginé, 5 ans en arrière. J’avais peur : peur d’être une mauvaise mère trop fragile en le gardant, peur de regretter toute ma vie en avortant.

Personnellement, je suis heureuse d’avoir pris la bonne décision : MA décision. Mais personne n’aurait pu la prendre à ma place, certainement pas des culs-bénnis coincés à l’époque de Jeanne d’Arc, qui sont plus violents qu’ils ne l’imaginent, à faire culpabiliser les femmes qui souffrent déjà d’affronter une telle situation. Pour leur bien. Sans doute aussi pour le bien de cet éventuel être humain, dont la vie n’aurait pas été celle qu’elles auraient voulu pour lui.

Bravo à elles.

giphy

Bravo à toutes celles et ceux qui se sont battus, et qui se battent encore pour que l’avortement existe.

Je ne veux pas de ce monde où l’on retourne en arrière, où l’on marche sur nos acquis. Je veux continuer d’être libre. Y compris dans mon utérus.

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2 réflexions sur “Quand la question de l’avortement nous replonge au 16ème siècle…

  1. As dit :

    Attention a en pas confondre IMG et IVG. Les malformations et intoxications peuvent donner lieu sous certaines conditions a une IMG.
    L IVG est clairement d’une indication plus sociale.

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  2. Anne-Laure dit :

    T’inquiète, ces culs terreux n’ont aucune importance aux yeux des femmes libres d’assumer leurs choix! Ils peuvent manifester, il se font du bien à eux et à eux seulement! C’est là qu’est l’espoir, ils ne réussissent pas à faire changer d’avis les femmes libres!

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