Cette journée de merde. Ce trop.

J’écris cet article à chaud, à vif. Je ne sais pas où je vais me diriger. Ni même si j’appuierais sur « publier ».

Il y a des jours où trop, c’est trop. Tu te lèves, et tu sais que ce sera une putain de journée de merde. Aujourd’hui est une belle journée de merde. Il fait beau, déjà chaud, et t’as déjà pleuré 2 fois. Il n’est que 9H36, c’est dire si ca commence bien.

Ca fait des jours que tu rages intérieurement. Voire des semaines.

Tu te lèves, vas réveiller tes enfants : comme d’habitude, les filles sont crevées, geignent qu’elles ne veulent pas se lever. Faut dire qu’elles font la foire jusqu’à 22H, se relèvent, discutent, se marrent… ça n’aide pas.

Tu vas dans le salon et trouve m=tes chaussures préférées déchiquetées par le chien déglingo. Tu les avais acheté au Portugal il y a 2 ans en vacances, une petite somme (toi qui ne met jamais plus de 15-20 euros dans une paire de pompes…), t’avais complètement craqué dessus.

Tu hurles sur le chien déglingo, le fous dehors et te mets à pleurer. Tu déjeunes pas, trop triste, endeuillée par la perte de tes sandales compensées multicolores chéries. Tu regardes tes enfants manger, avec le nec qui coule et les yeux larmoyants.

C’est d’une tristesse. Pas la perte de tes chaussures hein. Non non : cet état là, de larve, à cause de trucs qui te servent juste à marcher. Comment t’en arrives là ? Est-ce que ta vie est si pitoyable que ca ? Bordel, t’as tout pour être heureuse !

Tu regardes autour de toi. Tu constates que c’est dégueulasse. Partout. Va falloir que tu passes l’aspirateur et laves dare-dare. Tu pleures de plus belle. T’as l’impression d’être une boniche. Littéralement. Tout le temps.

Tes filles de 4 et 6 ans te consolent en disant que ca va aller, qu’on trouvera d’autres chaussures. C’est pas les chaussures le problème.

Tu endures une énième crise de Mademoiselle Patate qui veut pas mettre sa tenue de la veille, mais veut une robe. Tu lui expliques pour la 143ème fois en une semaine que Maman a autre chose à faire de sa vie que des machines, et qu’il est hors de question de mettre à laver des fringues propres, sachant qu’il y a déjà 3 tenues qui traînent dans la salle de bain, mises seulement quelques heures. Elle s’en fiche, elle pleure, elle hurle que t’es méchante.

Tu te retiens, très très fort, de pas hurler à ton tour, de résister contre ton envie de « juste » lui en coller une, là tout de suite. Tu es anti violence, ca ne résoud rien, on ne frappe pas un enfant, ce n’est pas de l’éducation, c’est de la faiblesse. Et qu’est-ce que tu te sens faible, à cet instant. Tu résistes, tu résistes tous les jours, parce que tu es violente, tu le sais, tu l’as compris il y a des années, tu as grandit avec ca, et c’est dur, tellement dur, d’y résister… Tu es nulle. T’aurais jamais dû donner la vie. Tu les mérites pas. Mère en carton.

Tu sors de la salle de bain, vas souffler dans ta chambre, tu retiens tes larmes.

Tu es calmée, elle aussi, elle s’habille en faisant la tête, mais elle s’habille.

Tu les emmènes à l’école, la plupart des gens te disent bonjour, tu réponds en souriant. Intérieurement, tu voudrais ne voir personne, juste te débarrasser de tes gosses et te sauver, être tranquille, être seule.

Enfin, ca y est, tu rentres à pied à la maison. Tu vois l’état de l’herbe dans le jardin… qui devient un champ. Tu te dis qu’on dirait une maison de cas sociaux, alors que vous êtes tout juste propriétaire. Tu sors la tondeuse, qui est dans un sale état. Le manche se barre. Tu le scotches pendant 10 minutes, persuadée que ca ne risquera pas de bouger. Tu fais un mètre : le manche se barre. Tu insultes la tondeuse et lui mets un coup de pied, sous les yeux de l’artisan du voisin, qui fait semblant de ne pas te regarder. Tu t’en fous. T’as envie de l’insulter aussi, même si tu ne le connais pas et qu’il n’a rien fait.

Tu démarres la tondeuse, qui cale sans arrêt. Avec le manche qui te reste dans les mains. Avec la lame qui se coince à chaque cailloux.

Tu l’insultes encore, tu lui remets un coup de pied. Au cas où ca la motiverait ! On peut pas taper les gamins, mais les tondeuses, ca passe… non ? Tu abandonnes, tu grognes de rage, tu pleures, tu rentres en claquant la porte et ce que tu vois à l’intérieur n’arrange rien. C’est toujours dégoutant, l’aspirateur attend depuis une semaine que tu le passes, mais t’es tellement dépassée que tu zappes… Tu cours partout.

T’en veux au monde entier. Tu repenses à l’article sur la charge mentale. A la dispute que vous avez eu le soir même, avec le Mâle Grincheux. Parce que, comme prévu, il estimait qu’il en faisait autant que toi, que tu ne te rendais pas compte, que tu te plaignais sans raison. Tu lui as énuméré ce qu’il ne faisait pas, ce à quoi il ne pensait jamais. Et ce fameux, ce déchirant, ce putain de « oui mais toi tu es à la maison ».

Cette phrase, tu l’entends trop, t’en peux plus, t’as envie de te transformer en chien rageur quand il la prononce. De lui sauter à la gorge. Tu prends sur toi. Depuis des mois. Quand tu bossais à l’extérieur, ca se sentait moins, ca se voyait moins, on se reposait moins sur toi.

En fait, la pression ne vient pas tellement de l’extérieur… mais de l’intérieur même de ton foyer. Et tu craques. Seule. Quand personne ne peut le voir.

Tu passes l’aspirateur, les larmes aux yeux, de n’être que ca : la boniche de la maison qui travaille quand elle a le temps. Tu penses aux jours précédents : à ton anniversaire, samedi, où tu as couru dans les magasins, à la ferme, où tu as fait à manger, midi et soir, où tu as déposés tes filles à un anniversaire à 30km de la maison, quand elles ont pété un scandale pour une broutille, où tu as (encore) pleuré parce que tu avais l’impression que leur seul but était de te faire craquer… où tu as enfin pu te poser tranquillement à 21H.

Tu rigoles. Tu rigoles tellement cette journée était d’un banal affligeant. Après tout, ton anniversaire est une journée comme une autre, les habitants de ton foyer n’allaient quand même pas faire des efforts.

Tu te dis qu’il faut passer la serpillière aussi, qu’il y a des traces sur le carrelage. Tu te dis que l’homme avec qui tu partages ta vie pourrait le faire aussi. Mais il ne le fera pas. Il en fait bien assez. Et puis il travaille, lui, il n’a pas le temps. Il a besoin de se reposer. C’est pour ca qu’il passe 3H devant des séries chaque jour. Il est fatigué, il ne peut pas tout faire.

Depuis quelques temps, quand tes filles te demandent des choses pendant que toi, tu fais semblant de bosser dans ton atelier, tu leur réponds qu’elles peuvent demander à Papa. Ben non, Papa, il est au travail.

Ah mince… ET TOI TU FAIS QUOI LA ?! DU TRICOT ???? TU TE FAIS LES ONGLES ? TU ADMIRES LE PAYSAGE ? NAN, TU BOSSES BORDEL !!!

Ca a marché… allez, 2 jours. Tu leur as même proposé d’appeler ledit Papa, pour qu’elles lui demandent d’habiller la barbie, de déshabiller le bébé, de descendre la poussette de la chambre, d’essuyer une paire de fesses, d’arréter leurs 24 disputes par heure, lui annoncer qu’elles meurent de faim (2H après le repas), etc…

Tout le monde s’en fout pas mal. Tu devrais glander royalement, pour voir. Passer ta vie devant des films à l’eau de rose tiens. Le cul sur le canapé, les pieds sur la table basse, regarder la poussière voler, l’herbe pousser. C’est tentant.

Tu ne passeras pas la serpillère. Mode rebel activé.

T’en fais une bonne rebelle, tiens…  Tu pourrais travailler 7H par jour et gagner des clopinettes, ne rien foutre les autres heures. Juste être là, t’ennuyer, ne rien faire. Te débiliser devant la télé.

Mais ca fait des années que tu n’y arrives plus. Même quand tu regardes un film, tu es en même temps sur ton téléphone à répondre à des mails, ou faire des commandes, ou bidouiller tes boutiques en ligne ou retoucher des photos…  Tu ne supportes pas cette sensation d’être une larve, les yeux rivés sur un écran, à laisser le temps filer alors que tu pourrais être utile. Lire 2 livres par an est tout ce qu’il te reste. Les seuls moments où tu ne fais réellement rien, c’est quand tu es en vacances ou invitée, que tu n’as pas le choix que de te laisser vivre.

Tu avais vu une psy, en 2015, à qui tu parlais alors de tes projets professionnels. Elle t’avait mise en garde contre ce que cela représentait : que beaucoup de travailleurs indépendants, en particulier les femmes, travaillaient beaucoup, trop, tout en voulant en faire autant, voire plus chez eux, et que qu’il y avait beaucoup plus de burn out que chez les salariés. J’avais rigolé, dit que ca n’arriverait jamais, que je ne serais pas comme ca. Elle m’avait répondu de penser à moi, car j’étais de ces personnes qui veulent tout mener de front, tout assumer, tout faire parfaitement… et pour qui ne pas y arriver est synonyme d’échec.

J’ai besoin de vacances, besoin de ne rien faire. Elle avait raison : j’ai l’impression de tout commencer, de ne rien finir, de tout échouer, de ne pas être à la hauteur.

Mais là, à 10H15, je dois surtout aller travailler, en ignorant le sol toujours aussi crado, ignorer mes chaussures déchiquetées que je n’ai pas le courage de jeter, ignorer mon mal de crâne d’avoir pleuré comme une gamine, ignorer que dans 1H je vais devoir préparer le repas, aller chercher les enfants à l’école, accepter qu’elles fassent la tête et critiquent ce qu’on mange, aller chercher Papa au travail (qui n’a plus de permis), tenter de travailler sans qu’elles m’interrompent trop (vive le mercredi)… et faire semblant que tout va bien. Comme chaque jour.

Alors tu valides cet article ou pas… Tu sais que tu vas te payer une engueulade de toute manière, avec ou sans, tellement tu es à fleur de peau (et parce que tu vas probablement avoir tes règles dans quelques jours, après tout tu restes une femme débordante d’hormones !). Je tente. Tant pis. Bonne journée de merde à tous !

 

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5 réflexions sur “Cette journée de merde. Ce trop.

  1. Maman BCBG dit :

    Merdouille, effectivement, une journée affreuse à tout point de vue… 😦
    J’espère qu’écrire a un peu fait évacuer la pression (et taper la tondeuse aussi !)

    Je ne sais pas quoi te dire, je pense que s’il y avait une solution miracle et facile tu l’aurais déjà vu. Tu sais déjà ce dont tu aurais besoin (vacances à court terme, et répartition des tâches – charge mentale comprise – à court, moyen et long terme équitable ) pour aller mieux mais… c’est sûr que c’est plus facile à dire qu’à faire.
    Grosse discussion bien orageuse chez moi aussi lorsque j’ai abordé le sujet de la charge mentale avec Papa-pas-BCG à base de « je fais déjà plein de trucs, t’es jamais contente, si c’est comme ça je fais plus rien »…

    Mais tu travailles aussi, tu as le droit de souffler le soir…ce n’est pas parce que tu es à la maison que la gestion intégrale de la maison (ou même majoritaire !) te reviens de droit.
    Ce serait bien que ta famille le comprenne, avant qu’un burn-out ne les mette face à la réalité de tout ce que tu gères au quotidien.

    Du courage et des bisous, j’espère que cela va s’améliorer.

    Aimé par 1 personne

      • Maman BCBG dit :

        Ah tant mieux ! Rien de tel qu’une bonne remise à plat de temps en temps. On pense toujours que l’autre est conscient de tout ce qu’on fait mais ce n’est pas toujours vrai… après effectivement il faut réussir à lâcher du lest sur certaines choses. Disons que lorsqu’on veut tout faire bien pour coller aux attentes des autres on peut décider de ne pas être « conforme ». Si on veut faire bien pour soi c’est plus difficile de dégrader ses propres attente ^^ mais dans les deux cas : faut choisir ses combats on peut pas tout faire !!!! 🙂

        Aimé par 1 personne

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