Une maison neuve… un an après

Cette maison, cette construction, est née dans notre esprit début 2016. Autrement dit… il y a des siècles !

Nous cherchions vaguement à devenir propriétaires, tout en nous rapprochant de nos emplois respectifs. Nous étions locataires, dans un minuscule village, perdu au fonds d’une impasse, au beau milieu des champs, avec la forêt à proximité. Des ânes en face de nos fenêtres de salon, le coq des voisins qui chantait tous les matins, la mare sur laquelle se couchait le soleil… C’était le bonheur, et une tranquillité absolue.

Mais rien ne nous tentait vraiment : trop petit, trop en ville, pas assez lumineux, trop vieux, pas assez de chambres, trop de choses à prévoir… Nous avons fait quelques visites, pas franchement convaincus.

Nous avons rapidement songé à faire construire : du vierge, où tout était à faire, et en même temps un endroit où nous serions tranquilles pour des années, avec des normes récentes, une isolation parfaite.

Côté budget, c’était kif-kif (si on estimait le coût des aménagements et travaux à réaliser sur une maison ancienne), sauf que du côté de la construction, on avait du neuf, tout de suite, et rien à faire à part poser nos valises !

Nous les travaux, c’est pas notre truc : concrètement, on n’y connait RIEN. Passer un coup de peinture, passe encore, mais au delà, on est perdu !

Nous voilà, début 2016, allant de rendez-vous en rendez-vous, auprès de différents constructeurs. Certains plus à l’écoute que d’autres.

En un mois de temps, nous avons choisit notre futur terrain et notre future maison, avec des plans aménagés à notre convenance. Début mars, nous signions le contrat de construction.

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Notre future maison 3D

 

Et puis… en juin, j’ai eu peur. J’étais dans mon jardin, dans notre location, par une belle soirée d’été, j’écoutais les oiseaux chanter, et je ne voulais rien changer. Rien. Je voulais rester là.

C’était ici que Princesse Casse-Bonbon avait fait ses premiers pas, dit ses premiers mots. C’était dans cette salle de bain que Mademoiselle Patate avait poussé son premier cri.

Je me souvenais encore de ma visite, en avril 2011 : ca avait été un coup de foudre. J’avais été la première à visiter cette maison, et je la voulais ! Une ancienne fermette rénovée, grande, lumineuse, avec 3 chambres immenses, une cheminée, des poutres, du carrelage ancien… Nous fuyions la région Parisienne, où nous avions passé 3 ans, pour revenir dans le Loiret, là où nous avions passé le plus clair de notre existence. Même si nous ne connaissions pas vraiment ce coin là, nous n’étions pas très loin de nos familles, de nos repères.

Princesse Casse-Bonbon avait 6 mois, lorsque nous avons emménagé. Elle avait grandit là-bas. Tout comme sa petite soeur, née sur place. Elles avaient leurs habitudes, leurs amis… et moi aussi.

Je ne voulais plus partir, même si ca signifiait faire 1H de route, matin et soir, pour aller travailler. Ca m’était égal. J’étais habituée. Et si on faisait construire ici, dans ce tout petit village ? C’était possible, non ?

Non. C’était trop tard. Tout était signé, le prêt, le contrat de construction, le compromis de vente du terrain.

J’ai eu du mal à l’accepter. On avait foncé trop vite, sans réfléchir. En tout cas, pour ma part. On allait vivre à 30km de là, dans un coin où je n’avais jamais mis les pieds auparavant, pour se rapprocher d’un emploi… que je quitterais en décembre 2016, alors que la construction avait débuté en octobre !

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Notre future maison – janvier 2016

 

Chaque mois, nous passions dans ce village pour voir notre future maison s’élever. Ca ne me faisait rien. J’avais l’impression qu’il s’agissait de celle d’un autre, pas la mienne. Je ne me suis pas investie, je ne cherchais pas à voir chaque détail, à me projeter dedans. Je n’avais aucune idée de quelle serait la chambre conjugale : ca m’était égal.

Le 13 juillet 2016, nous avions les clés. Nous étions propriétaires de notre maison, faite sur-mesure.

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13 juillet 2016

 

Tout de suite, nous nous sommes mis à l’oeuvre : poncer, peindre, nettoyer, installer la cuisine, pendant plus d’un mois. Nous venions, chaque jour ou presque, pour pouvoir l’habiter avant la rentrée scolaire.

Nous n’avions pas pensé aux extérieurs, qui sont devenus un souci : la maison sur-élevée par rapport au jardin, le manque de terre, aucune allée, pas de cloture pour nos 2 toutous, l’évacuation des eaux pluviales à notre charge…

Je pleurais parfois, seule, dans ma voiture, lors des nombreux aller-retours. Elle était chouette cette maison toute belle toute neuve, c’est vrai… Mais elle n’avait aucun charme. Elle était trop blanche, trop lisse, sans vie, sans histoire. Elle ne me parlait pas, elle ne me plaisait pas. Elle était bien sur catalogue. Pour les autres. Pas pour moi.

Il a fallu assumer Princesse Casse-Bonbon, bientôt 6 ans, qui était encore plus enchantée que moi à l’idée de déménager : elle pleurait souvent, elle refusait l’idée de quitter son école, ses copains, sa chambre, nos voisins… hors de question !

Je la motivais, je lui décrivais tous les avantages de ce nouveau lieu, avec l’école à 400 mètres, les nouveaux amis qu’elle allait se faire, la chambre qu’elle pourrait avoir de la couleur qu’elle voudrait… Elle n’en démordait pas.

Moi non plus, à vrai dire. J’en parlais un peu au Mâle Grincheux, qui lui, était ravi par cette maison et ne comprenait pas comment je pouvais rejeter ce qu’on avait crée ensemble. Il n’avait pas tord, et je ne savais pas non plus pourquoi. La peur de l’inconnu, sans doute.

Nous avons déménagé fin août 2016, on mourrait de chaud, nous n’avions pas encore l’électricité. Je ne ressentais aucune excitation, aucune exaltation, j’étais agacée même, par cette maison trop petite, remplie de cartons et de bordel, entourée de voisins, avec toutes ces voitures passant sur la départementale, juste derrière, tous ces bruits auxquels je n’étais pas habituée…

Début septembre, nous avons passé plusieurs jours à nettoyer la location qui était notre chez-nous depuis plus de 5 ans : ca a été dur. Dur d’imaginer ne plus revenir. Dur d’imaginer d’autres gens vivre heureux ici. Dur de laisser tous nos souvenirs derrière. Chaque endroit, chaque trace avait une histoire… je n’étais toujours pas prête à laisser cette maison derrière nous, mais je n’avais pas le choix. J’ai pleuré, et c’était terminé.

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Une dernière photo de notre maison, pendant 5 ans et demi

 

Le rangement s’est fait peu à peu. La décoration a pris du temps, le budget ne suivant pas forcément. Je me réveillais, certains matins, et je me demandais où j’étais, avec cette fenêtre trop près du lit, je me sentais oppressée… et puis je me souvenais : la nouvelle maison.

Je me suis rapidement faite aux pièces de vie, là où je passais le plus clair de mon temps : ma pièce de travail, le salon, la cuisine. J’étais même ravie de cette pièce dédiée à mon activité. Avant, je n’en avais pas, tout était dans le salon, dans un bazar monstre, à la vue de tous. Mais l’étage m’était inconnu. Encore maintenant. Je n’aime pas ma chambre. C’est juste un endroit pour dormir.

Les premiers mois ont été difficiles pour tout le monde, là où ca devait être un nouveau commencement : Princesse Casse-Bonbon a très mal vécu le changement, sa nouvelle école. Elle pleurait, chaque soir, refusant de dormir, refusant de retourner à l’école, cet endroit qui ne comportait que des inconnus : elle voulait retourner dans sa maison, celle où elle avait grandit.

Le Mâle Grincheux, qui ne supporte pas le bazar, a été littéralement invivable pendant des semaines… des mois même. Tout était sujet à crier, râler, critiquer.

En plus, nous avions un chiot, ce chien Déglingo, âgé de tout juste 4 mois. Et entre eux, le courant n’est pas passé. Mais alors PAS DU TOUT. C’était pourtant lui qui m’avait offert cet adorable toutou pour mes 30 ans, un chiot de nos voisins, que nous avons vu naître et évoluer, et qui s’est intégré petit à petit chez nous, en douceur.

Mais le Chien Déglingo, du haut de ses 4-5 mois, n’avait rien de doux. Il mangeait tout, faisait ses besoins partout, volait, sautait, salissait, mettait encore plus de bordel… Il mordillait même l’escalier, les coins de mur, le carrelage. La clôture n’a été installée qu’en décembre, il fallait sortir, attacher, rentrer, nettoyer, et ca toutes les 2H maxi. Alors forcément, à côté de notre vieux chien de 12 ans, qui avait toujours été d’un calme olympien, ca détonnait. Et avec le Mâle Grincheux, ca pétait souvent. Très… trop souvent.

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Le petit Chien Déglingo de 4 mois et notre vieille mémère de 12 ans

 

Le bazar et le chien ont donc été un sujet de dispute récurent, pendant des mois, accompagné de Princesse Casse-Bonbon qui nous faisait savoir, dès qu’elle le pouvait, qu’elle détestait cette maison et ce village.

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Princesse Casse-Bonbon, 5 ans et demi, malheureuse

 

Dans ce joyeux merdier, Mademoiselle Patate entrait en petite section de maternelle, du haut de ses 3 ans et demi, guillerette et enchantée. Il y en avait au moins une qui n’était pas perturbée le moins du monde.

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Mademoiselle patate, 3 ans et demi, heureuse

 

L’hiver arrivait, l’humeur ne s’arrangeait pas vaiment, les températures baissaient… notre vieux toutou est décédé, une dizaine de jours avant Noël. Gros coup dur pour le moral.

Le jardin, c’était juste un extérieur. Un espèce de champs inutile, qui servait simplement de toilettes au Chien Déglingo. C’était vide, c’était triste, c’était moche, je n’y mettais jamais les pieds.

Et puis le printemps… le soleil a fait son retour, la bonne humeur, des idées d’aménagement aussi : et si on faisait une jolie terrasse ? Une allée digne de ce nom ? Oh, et des arbres fruitiers, ce serait génial ca ! Des rosiers aussi, c’est joli… Il faudrait qu’on fasse un potager, comme avant, avec plein de tomates et de courgettes. Et un salon de jardin en palettes ? Et une piscine, ce serait chouette, une piscine ?

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Bain de minuit

 

Nous avons investit l’extérieur, ces herbes folles inutiles ont pris un sens. A force de s’y promener, d’y réfléchir, de l’imaginer… il a pris forme. Tout n’est pas parfait, ce n’est pas tout à fait achevé, mais ca ressemble à quelque chose. Un jardin, avec de la vie dedans.

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Le salon de jardin, sur la terrasse

 

Notre maison ressemblait à quelque chose. Elle commençait à vivre, réellement, à avoir du sens, à être habitée par ses habitants.

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Peut-être que c’était ca, finalement, son problème : ne pas avoir d’histoire, n’être que des murs et un toit… sans âme. Là où nous avions déjà construit une belle histoire à 4, cette maison m’a donné l’impression d’effacer le passé.

J’écris ceci en maillot de bain, sur ma terrasse, je surveille d’un oeil les filles, qui barbotent dans la piscine.

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Depuis un an, on crée un passé, au milieu de nouveaux murs, qui s’imprègnent d’une nouvelle histoire.

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Et je n’ai plus envie de partir, plus envie de changement. Je suis bien. Dans ma maison.

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